Un souvenir peu connu des relations entre Valéry Giscard d’Estaing et les Juifs de France

L’annonce du décès du président Valéry Giscard d’Estaing n’a pas provoqué d’émotion particulière dans le monde juif en France. Le souvenir qu’il a laissé est sans doute entaché par des épisodes où il a montré une certaine distance, voire une froideur, envers l’Etat d’Israël. Sa reconnaissance du droit du peuple palestinien à l'autodétermination, et son soutien à l’OLP n’ont pas été appréciés par toutes les institutions juives. De même le fait qu’il ait, pendant un voyage officiel en Jordanie, observé le territoire israélien à la jumelle, de l’autre côté du Jourdain, n’a rien fait pour sa popularité dans la rue juive, déjà refroidie par les commentaires du premier ministre Raymond Barre après l’attentat de la rue Copernic., à propos de « Français innocents ».

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Mais les choses n’étant jamais aussi simples, nous avons pu retrouver, grâce à la bibliothèque numérique de l’Alliance, les traces d’une visite très positive de Valéry Giscard d’Estaing… en 1984, alors qu’il n’était plus président de la République. Le président de l’Alliance, Jules Braunschvig, avait pris l’initiative d’aller rencontrer Giscard à l’Elysée avec une délégation de l’AIU peu après son élection en 1976. Quand Giscard a l’opportunité de se rendre en Israël  pour la première fois huit ans plus tard, à l’invitation de Jean Friedman, son parcours est marqué par deux réceptions notables, au lycée René Cassin de Jérusalem, et à Mikveh Israël. Les Cahiers de l'Alliance Israélite Universelle (Paix et Droit). n°208 du 1er mars 1984 s’en font le témoin.

A Jérusalem, le 2 janvier 1984, l’ancien chef d’Etat est accueilli par Jules Braunschvig, qui rappelle la mémoire de René Cassin et l’histoire des constructions scolaires de l’AIU à Jérusalem. Dans sa réponse, Giscard d’Estaing évoqua le transfert des cendres de René Cassin au Panthéon, qu’il avait initié. « A une question posée par un lycéen soucieux de savoir si le point de vue du Président sur Israël avait été modifié par son séjour, il répondit que, bien que n’ayant pas encore visité l’ensemble du pays, son impression générale était très favorable. »

Le lendemain, Valéry Giscard d’Estaing et son épouse sont à Mikveh Israël, qu’ils visitent en détail, appréciant particulièrement les espaces agricoles. Hubert Heilbronn, vice-président de l’AIU, évoquant la fidélité des Juifs d’Alsace à la France, en 1870, énonce ce qui pourrait apparaître comme une pique : « Et nous aussi, Monsieur le Président, souvent nous avons été meurtris parce que, comme Juifs, nous avons été meurtris, parce que comme amis d’Israël, souvent nous sommes encore meurtris ».

On le voit, en 1984, malgré un accueil particulièrement chaleureux organisé par l’Alliance en Israël, la méfiance envers Valéry Giscard d’Estaing n’était pas encore vraiment éteinte.

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