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Conférence du 30 mai 2012 : L’humour Juif, avec Gérard Rabinovitch

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Le jeudi 30 mai 2012, la Médiathèque Alliance Edmond de Rothschild a accueilli le chercheur au CNRS et auteur notamment des ouvrages Comment ça va mal ? et Et vous trouvez ça drôle ?, Gérard Rabinovitch. C’était l’occasion pour lui, au cours d’un dialogue avec le directeur de la Bibliothèque de l’AIU Jean-Claude Kuperminc, de nous présenter ses réflexions sur l’humour juif, ainsi que son étude sur l’humour en général, sujet de son dernier ouvrage.

Si Gérard Rabinovitch a décidé de faire de l’humour juif un de ses objets d’étude, c’est tout d’abord parce qu’on disait de l’humour juif, à savoir que c’était un « humourhumour_juif du désespoir » ou encore «une forme de masochisme », ne correspondait pas à ce que le chercheur connaissait. L’humour des Juifs qui l’entouraient, même des survivants de la Shoah, ne relevait pas d’une haine de soi, mais était bien un humour de la vie et sur la vie quotidienne. De plus, Rabinovitch était porté par la volonté de renouveler la nature des compilations d’humour juif déjà existantes, celles-ci mêlant indifféremment l’humour juif et l’humour sur les Juifs, patrimoine culturel juif et patrimoine d’hostilité aux Juifs. Il s’agissait alors d’étudier sous le nom générique « d’humour » les réalités très différentes que ce terme recoupe.

 

En quoi l’humour juif se distingue-t-il d’une tradition moins particulière d’humour ? Selon Rabinovitch, l’humour dans la tradition antique était un « propre de l’homme », par lequel celui-ci pouvait se moquer de l’autre, et se glorifier de sa supériorité relative. Dans la tradition chrétienne, après une période de condamnation du rire dans le milieu religieux au Moyen-Age, celui-ci est « réhabilité » à la Renaissance, mais gardant toujours cette dimension du rire contre l’Autre. L’humour juif se sépare nettement de ces traditions païennes et chrétiennes en ce que son essence est l’autodérision. Il porte un regard lucide sur la vie, sans tabou aucun, pas même sur les Textes sacrés qui sont parfois parodiés. L’humour juif prend acte de la discordance entre idéaux poursuivis et réalité, et s’en sert comme matière première.

Les thèmes de l’humour juif sont dès lors principalement les grandes contingences de la vie humaine: la santé, gagner sa vie, la mort, les malheurs politiques, le couple… Autour de ces thèmes fondamentaux, l’humour évolue et s’adapte au contexte. Apparait par exemple aux Etats-Unis la figure de la « Jewish american princess », qu’on séduit en « imitant le bruit du manteau de fourrure », ou de la « juive polonaise » en Israël.

Rabinovitch souligne enfin l’importance de l’humour, qu’il ne faut pas confondre avec le rire. L’humour juif voit ses thèmes bornés au respect de l’autre, contrairement au simple rire. L’humour serait en quelque sorte le «rire adulte sur les espérances de l’enfant en lui», selon le mot de Freud.

Les deux ouvrages de Gérard Rabinovitch permettent donc une réflexion complète à la fois sur l’humour juif, forme riche de spécificités, et sur l’humour en général, afin de bien saisir les enjeux d’un sujet peut-être plus sérieux qu’il n’y paraît.

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