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Depuis des décennies, l'Alliance israélite universelle s'est préoccupée du dialogue judéo-chrétien au plus haut niveau.
La Commission inter-religieuse de l'AIU constitue aujourd'hui l'un des rares lieux où des représentants qualifiés de la communauté juive de France réfléchissent à l'avenir du dialogue avec les religions du Livre. En effet, alors que du côté chrétien on assiste à un intérêt soutenu pour tout ce qui touche au judaïsme et aux études juives contemporaines, notre communauté semble parfois vouloir se refermer dans un ghetto volontaire, prenant des distances vis-à-vis de tout dialogue extérieur et reprenant le vieux leitmotiv : kol ha'olam negdenou, le monde entier est contre nous. Cette amère constatation comportait sans aucun doute, hélas ! une grande part de vérité dans les années qui ont précédé la Choah et durant la période noire que le judaïsme européen a connue (encore qu'il ne faille pas oublier la part prise par des Justes des Nations pour sauver des Juifs de l'hydre nazie). Aujourd'hui, cette affirmation est non seulement erronée, mais elle est profondément injuste : aurait-on imaginé il y a un demi-siècle que, sur l'intervention de personnalités et de représentants des communautés juives européennes, les carmélites installées au sein du camp d'Auschwitz quitteraient cette enceinte à la demande personnelle du pape Jean Paul II et après des négociations avec les cardinaux européens dûment mandatés par l'Eglise ? Tous les participants juifs ont été frappés par la qualité d'écoute de ces interlocuteurs et par la possibilité qui était donnée aux représentants du judaïsme de se faire entendre et d'obtenir en grande partie satisfaction. Pour que cette page douloureuse soit définitivement tournée, il reste que la promesse du très regretté cardinal Decourtray et des autres prélats de l'Eglise de déplacer la grande croix qui se trouve face à l'entrée du vieux théâtre, soit enfin réalisée.
Un dialogue judéo-chrétien implique des relations avec l'ensemble du christianisme. On a eu trop tendance dans le passé à parler de dialogue judéo-chrétien et à penser dialogue judéo-catholique. Il y a aujourd'hui de nombreux contacts avec le Patriarche de Constantinople, qui a reçu officiellement l'an dernier une délégation de l'Alliance conduite par MM. Steg, Sirat et Israël. La Commission inter-religieuse de l'Alliance a suivi avec un intérêt soutenu les déclarations du Patriarche de Jérusalem et le début d'une évolution positive avec l'orthodoxie. Mais là aussi, un long chemin reste à parcourir.
Avec les protestants français, le dialogue ne présente guère de difficultés. Les Juifs de France n'oublient pas la part prise par les protestants français dans la survie des enfants juifs au Chambon-sur-Lignon et le courage dont firent preuve le pasteur Bgner et nombre de ses collègues.
Au cours des dernières années, sous l'impulsion de M. le Grand rabbin René-Samuel Sirat qui en est le président actif et convaincu, la Commission inter-religieuse de l'AIU a voulu étendre également ses travaux et sa réflexion aux relations judéo-musulmanes. Mais les événements d'Israël d'une part, les difficultés que connaît la communauté musulmane en France et en Europe d'autre part, font que le dialogue n'a guère avancé sauf peut-être le fait d'une amitié sincère et profonde entre des hommes de religion et la création récente d'institutions et de forums où juifs, chrétiens et musulmans débattent et se préoccupent d'une meilleure connaissance réciproque. En 1996, la Commission inter-religieuse a reçu le Grand Mufti de Jéricho, au cours d'une séance spécialement réunie à cet effet.
Ainsi, la Commission inter-religieuse de l'Alliance peut légitimement avoir le sentiment du devoir accompli, tout en étant consciente que, sans aucun doute, l'essentiel reste encore devant nous.
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